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Faire revivre les odeurs du passé

Longtemps l’odorat a été mis de côté, considéré comme un sens secondaire, sans valeur scientifique. L’exploration de l’histoire se fait principalement de manière visuelle et auditive : par la lecture, la visualisation de documentaires ou l’observation dans un musée d’objets. Mais depuis quelques années, chercheurs et conservateurs de musées intègrent les odeurs à leur travail et tentent d’établir une connexion olfactive avec le passé.

Ainsi, grâce au travail de spécialistes des fragrances, les « nez », mais également des techniques d’analyses chimiques telles que la chromatographie en phase gazeuse, plusieurs odeurs d’antan ont été ressuscitées. Bien que cela soit fait avec une certaine part d’interprétation, près d’une quarantaine de parfums historiques ont pu être recrées comme l’Eau d’Ange célébrée par François Rabelais ou le gant parfumé à la mode du XVIIe.

Si les traités de parfumerie des XVIIe et XVIIIe sont assez détaillés, les précisions s’estompent pour les textes anciens. Il est cependant possible, bien que particulièrement difficile, de ressusciter une fragrance ancienne si l’on possède un échantillon original. Ainsi, grâce à des résidus trouvés dans une bouteille, le parfum de la souveraine d’Egypte Hatchepsout disparue il y a 3500 ans a pu être  ressuscité. Il en est de même pour le Kyphi, blockbuster de l’Egypte antique.

Partis du constat qu’associer l’olfaction aux autres sens apporte une dimension supplémentaire à la compréhension de l’histoire, les conservateurs de musée recréent l’atmosphère olfactive d’un lieu ou d’une époque. Depuis deux ans, le musée du « Commerce d’Autrefois de Rochefort » propose à ses visiteurs de plonger leur nez dans les rues de la ville de Charente-Maritime à l’époque 1900. Les conservateurs et parfumeurs ont intégré à la visite des odeurs de colle parfumée à l’amande devant l’école, des clous de girofle devant le cabinet du dentiste ou encore du camphre devant la pharmacie. Dans les Côtes d’Armor, le château de la Roche-Jagu a inauguré l’été dernier une exposition olfactive sur l’histoire du parfum, avec des films en odorama, projection en plein air avec diffusion d’odeurs, comme celles d’un banquet médiéval ou les ateliers des maîtres parfumeurs dans le Paris du XVIIIe.

Au-delà de leur puissance évocatrice d’un point de vue individuel, les odeurs sont un outil précieux pour les historiens. Elles sont révélatrices des valeurs, des goûts et des préoccupations d’une époque. Dans l’Egypte antique, le parfum est un produit divin, réservé aux plus puissants et utilisé dans les rituels d’embaumement. Dans l’Europe du XVIe et XVIIe, ravagée par des épidémies, les gants parfumés et sachets odorants répondent à la hantise de la contagion. Etudier les odeurs, en les replaçant dans leur contexte, permet donc de mieux comprendre les cultures anciennes et de garder la trace « vivante » d’une époque ou d’une personne disparue.

« Parfois, on trouve un vieux flacon qui se souvient,

D’où jaillit, toute vive une âme qui revient. »                    

Baudelaire, Le Flacon

 

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